Walter Mitty : la quête du masculin (ou Guy Corneau à Hollywood)

La vie rêvée de Walter Mitty est un sympathique film américain réalisé en 2013 par Ben Stiller, qui en incarne le rôle principal. Sans prétention, il porte pourtant à l’écran une problématique bien contemporaine et peu représentée : la place du masculin et le rôle des pères.

Tant que le masculin n'est pas accompli. les rêves ne se concrétisent pas...

Tant que le masculin n’est pas accompli. les rêves ne se concrétisent pas…

En dehors, en effet, des «virils» Bruce Willis et autres Tom Cruise, quelle image du masculin nous donne à voir la société ?

C’est à la lumière du livre de Guy Corneau Père manquant, fils manqué que les transformations initiatique de Walter nous seront révélées.

Qui est Walter Mitty ?

Employé effacé, facilement distrait, Walter Mitty travaille dans les sous-sol d’un grand magazine, Life. À l’ombre de ses stars, il archive les exploits des autres. Il n’a de relations (maladroites) qu’avec son seul collègue direct.

Sa vie personnelle est aussi peu excitante, et il se retrouve souvent accaparé par sa mère et sa soeur, plutôt intrusives. Et le père ? Le père manque au tableau, et on en parle comme d’un absent sans plus de détails.

Il lui est alors facile de se réfugier dans des scénarios imaginaires qui le déconnectent complètement de la réalité.

L’événement déclencheur

Walter s'engage dans le monde...Au travail, le poste de Walter est amené à disparaitre, ainsi que toute la rédaction de Life. Les jeunes requins de la finance contemporaine ont pris d’assaut le magazine, annihilant toute réaction des employés.

Problème ! Une photographie manque, et c’est Walter qui a la responsabilité de la retrouver.

Commence alors une course poursuite à travers le monde. Walter cherche à rencontrer l’auteur de la fameuse photo manquante. Le voilà propulsé dans une série de voyages du Groenland à l’Afghanistan. Chaque fois, ce photographe qui joue ici le rôle de père symbolique, lui échappe de peu et avec lui l’objet de sa quête.

Petit à petit, les délires imaginaires de Walter se font moins fréquents, au fur et à mesure que son enquête devient elle de plus en plus délirante.

La quête de soi

Au final bien sur Walter rencontre le photographe. Interprété par Sean Penn, il lui apprend que l’objet de sa quête il l’avait toujours eu en lui. Littéralement, puisque la photo tant convoité était tout du long dans son portefeuille à lui, Walter !

Une version plutôt ludique et littérale de bien des quêtes d’une littérature plus ésotérique par exemple.

Walter en compagnie de son père symbolique.

Une série de transformations

A ses dépends, Walter Mitty a appris que seul compte le chemin, non pas le but. Mais surtout, au fur et à mesure de ses péripéties initiatrices, il prend du courage et d’homme effacé se redresse progressivement pour être au final une part active du monde réel.

Si l’on regarde cela du point de vue symbolique, on peut dire que Walter est passé d’un monde féminin, un cocon devenu étouffant pour un adulte, à un monde équilibrant le masculin et le féminin.

Il aura acquis grâce aux leçons de la vie les qualités masculines nécessaires pour être dans le monde. En effet, pour reprendre Jean-Jacques Crèvecoeur, si le féminin met au monde, le masculin met dans le monde. Le livre de Guy Corneau met en relief l’absence du père réel de Walter Mitty avec son incapacité à faire face aux événements du réel et à y prendre sa juste place.

D’un homme effacé, écrasé et travaillant dans un sous-sol obscur, maladroit dans ses relations, Walter Mitty est devenu un homme présent au monde, responsable et confiant en ses propres ressources et capacités. Prêt à un nouveau départ, une seconde naissance dans la vie !